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Ma vie passée

Après le viol : enceinte !

Je n’y pense plus. La vie à l’air d’aller comme d’habitude.

Mon mari m’annonce qu’il a un voyage à faire à Cuba.

Mais 2 ou 3 semaines après le viol : pas de règles. Mes règles sont très régulières, j’ai toujours pu m’y fier pour les rapports sexuels ne voulant pas devenir enceinte. Mais dans le cas d’un viol évidemment on ne choisit pas le jour ni l’heure !

Donc je me rends chez mon généraliste. « C’est gros comme une orange » ! Je suis enceinte. Je n’ai jamais pensé de ma vie que je pourrais tomber enceinte un jour, sinon pour l’éviter. Je n’ai jamais envisager devenir mère. C’est totalement hors de ma pensée. Actuellement je suis occupée à reprendre des études, en particulier d’économie en étudiante libre à la fac.

Mon médecin me prescrit des piqûres « pour faire partir cet embryon, mais comme c’est interdit vous ne pouvez pas le faire faire par une infirmière, vous devez les faire vous-même« .

J’ai oublié comment je me suis procurée le liquide, sans doute à la pharmacie.

Le même jour mon mari part pour Cuba pour un séjour d’une semaine. Curieux exactement le temps que vont durer les piqûres ! Les hasards de la vie sont parfois bizarres ! Et je garderai durant des dizaines d’années une image de Cuba repoussoir.

Me voilà donc attentive à procéder de la manière la plus sécurisante : faire bouillir l’aiguille et la seringue dans une petite casserole (elle était rouge en émail) le temps nécessaire (au moins 5 minutes) pour qu’elles soient bien stérilisées. Après je fais venir le produit dans la seringue à l’aide de l’aiguille plantée dans le « couvercle » en caoutchouc du flacon qui contient le liquide.

C’est à partir de là que ce fut très difficile. Je dois planter cette aiguille dans ma cuisse. Je n’y arrive pas ! Quelle angoisse. Je choisis le centre de la cuisse et j’élance l’aiguille pour la planter. Non impossible. Je m’y reprends à plusieurs reprises. Impossible. Je me raisonne : t’as le choix ? Non. Alors fais le.

Ainsi durant 7 jours, chaque après-midi c’est l’angoisse, je dois planter l’aiguille dans ma cuisse et je n’y arrive pas. Personne pour m’aider. Je n’ai pas le choix, je ne veux pas d’enfant.

Il faut dire aussi que durant cette période je me sentis très fatiguée. Après le repas de midi je devais faire une sieste d’environ 1 heure. En me réveillant j’étais comateuse. Et c’est à ce moment là que j’avais prévu de faire la piqûre.

Pourquoi je ne la faisais pas plutôt le matin ? Je n’en sais rien. Sans doute pour reculer le moment ?

En fait, vu de maintenant, je sais que je commençais une dépression, dépression qui se transforma en anorexie qui durant 7 ans.

Quand mon mari revint les piqûres étaient effectuées. Il n’en a rien vu. Il s’est à peine préoccupé de savoir comment ça s’était passé. Après pas plus d’ailleurs.

Mais rien ne se passa, l’embryon resta en place : j’étais enceinte. Que faire ? J’étais totalement désarmée. Il restait l’avortement. Mais je n’en avais jamais entendu parlé autour de moi. De plus c’était passible de 20 ans de prison d’après la loi française qui datait de Pétain.

Mon mari et moi n’en parlaient pas.

Il devait aller faire une prospection d’hôtels de sport d’hiver près de la Suisse. Nous allâmes donc en Suisse. Je ne me souviens pas des détails,

mais deux évènements me sont restés dans la tête en images :

  1. à l’hôtel mon refus de tout contact sexuel avec lui et sa surprise
  2. l’arrêt en voiture devant la clinique où je devais me faire avorter. Il pleuvait. Il arrêta la voiture juste devant et attendit ma décision. Nous n’avons parlé de rien. Nous étions d’un naturel aussi peu bavard l’un que l’autre.

Je n’ai pas vraiment pris de décision. En fait il redémarra, moi assise à côté de lui, par manque d’esprit de décision.

Sauf que ne pas prendre de décision c’était : avoir un enfant.

Il naquit 9 mois plus tard. Il est toujours vivant. Il a 56 ans. Et ne m’adresse plus la parole depuis plus de 20 ans.

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